Charles Genoud texte sur la conscience

Réflexion sur la conscience par Charles Genoud.

La conscience

Les traditions bouddhiques abordent le problème de la conscience de différentes manières. Les Chinois ont une prédilection pour la parabole et la métaphore comme l’illustre l’histoire de la rencontre de Huike et de Bodhidharma.

Huike dit à Bodhidharma : « Mon esprit est inquiet. Pacifiez-le. » Bodhidharma répondit : « apporte-moi ton esprit et je le tranquilliserais». Huike : « Bien que je l’ai cherché, je ne l’ai pas trouvé. » « Voilà, dit Bodhidharma, j’ai tranquillisé ton esprit. »

Les Birmans s’attachent plus à l’aspect éphémère de la pensée qu’à la nature de la conscience; les Tibétains quant à eux s’engagent dans une analyse minutieuse des divers aspects de la conscience ainsi que dans une méditation sur sa nature profonde. C’est plus spécialement ces derniers que nous suivrons ici.

La conscience serait-elle inconnaissable ? Mais que veut dire connaître, est-ce la même chose qu’être conscient ?

Selon le contexte ou la citation, les termes, conscience, âme, esprit et encore présence seront utilisés dans le même sens. Tous les auteurs ne font pas nécessairement la différence entre conscience et connaissance que nous faisons ici. Ainsi dans certaines citations le terme connaissance est utilisé alors que le sens est celui que nous avons réservé à conscience.

La connaissance est un mode particulier de rapport. Elle transpose toute expérience, toute perception en données, données qui peuvent être conservées dans la mémoire, répertoriées et transmises. Le concept est ce moyen de traduire l’expérience en données, de la saisir, mais il se substitue à elle et la voile. Selon Dharmakirti, le grand philosophe et épistémologue du bouddhisme indien, la connaissance ne saisit pas son objet directement, mais à travers un aspect. Cet aspect est l’impression laissée par l’objet sur la conscience. Il est à la fois la représentation de l’objet dans la conscience et la forme que prend la conscience quand elle perçoit l’objet. En assumant une certaine forme, la conscience s’opacifie, elle se manifeste autre que ce qu’elle est. Dans la connaissance, la conscience se donne une apparence; elle se masque. Puisqu’elle est transposition, il est toujours possible pour la connaissance d’être erronée.

La connaissance pose l’objet comme étant distincte d’elle, précisément comme «ob-jet[1]». Comme ce qui n’est pas présence à soi. Si l’objet est ce qui se trouve devant, il faut qu’il soit face à quelque chose. Ce ne peut être face à la conscience comme nous le verrons ci-dessous.

Pour la tradition tibétaine, tout ce qui existe doit pouvoir être connu. Mais, comme nous allons le voir, cette tradition altère ou élargit le terme connaissance. Ce qui lui permet de poser une connaissance de la conscience libre de concept.

Pages: 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17

Nous contacter

février

28feb19 h 30 min- 21 h 15 minSoirée de méditation avec enseignement

mars

25mar - 26jour entierWeek-end de méditation et enseignement Ariya Baumann 25 et 26 mars

avril

8apr - 9apr 810 h 30 minapr 9Week-end de Présence du Geste avec Charles