Parce qu’elle n’englobe pas la conscience de soi, certains maîtres tibétains, pour garder la possibilité d’une expérience directe de la conscience (sans la médiation d’un concept) ont rejeté  « ce qui connaît un objet » comme définition.

Certaines traditions du bouddhisme theravada divergent également à ce propos. D’une manière générale, la tradition birmane pense que la conscience ne peut se connaître elle-même, comme un doigt ne peut se toucher lui-même.[3] La tradition thaïlandaise de la forêt pense que la conscience peut se connaître elle-même directement.

Dans l’état de veille, à ce niveau de pratique, la présence consciente est naturellement pleinement consciente d’elle-même, consciente que la conscience (citta) et la connaissance ont la même essence atemporelle.[4]

Ce qui est clair et connaissant, définition moins restrictive de la conscience, est plus largement acceptée par les maîtres tibétains. Il faudra toutefois élargir le sens donné à connaissance ici pour y inclure une conscience non conceptuelle.

Même si l’on n’était pas concerné par la conscience de la conscience elle-même, il semble que décrire une conscience qui peut connaître un objet sans être consciente de connaître cet objet, représenterait une connaissance sans utilité.

Si ma conscience n’était pas conscience d’être conscience de table elle serait donc conscience de cette table sans avoir conscience de l’être, ou si l’on veut, une conscience qui s’ignorait soi-même, une conscience inconsciente ce qui est absurde. [5]

Lors de tout vécu, de toute perception, la conscience connaît quelque chose, en même temps elle est, à un degré plus ou moins grand, conscience d’être conscience de ce quelque chose. Mais la conscience n’est pas posée comme un connu spécifique, comme c’est le cas dans la perception. Sartre appelle ceci la conscience non positionnelle d’elle même. Cette conscience n’est visée par aucune intention.

C’est ce qui peut s’exprimer en ces termes : toute existence consciente existe comme conscience d’exister. Nous comprenons à présent pourquoi la conscience première de conscience n’est pas positionnelle : c’est qu’elle ne fait qu’un avec la conscience dont elle est conscience. .[6]