Qu’est-ce que la conscience?

Le terme conscience n’avait tout d’abord qu’une acceptation morale. Locke aurait introduit le sens de conscience de soi que nous lui donnons ici.

Selon Kant, cela même qui connaît un objet ne saurait être connu comme objet. Il en conclut que l’âme (la conscience) est inconnaissable. Si nous posons que la connaissance implique la médiation d’un concept, une grande partie de la tradition tibétaine serait d’accord avec cette remarque de Kant. Ce mode de connaissance peut être utile face aux choses mais n’a rien à die au sujet de la conscience. Cependant cette tentation de chosifier la conscience traverse toute l’histoire de la philosophie.

L’âme, écrit en effet Augustin, ne peut se connaître comme en un miroir. De ce théorème, nombre de philosophes médiévaux tirent que contrairement à ce que soutient Aristote et les péripatéticiens, l’âme ne se connaît pas comme elle connaît les autres choses, à savoir : par représentation ou par abstraction, et que de ce fait elle ne se connaît pas non plus comme une autre chose ni comme un autre. Elle se connaît comme présence à soi, dans, par et comme cette présence. [2]

Au Tibet, on a débattu pendant des siècles sur la manière de définir la conscience. Le point de désaccord principal portait sur la possibilité qu’a la conscience de se connaître elle-même directement ou non.

La question était importante pour le bouddhisme puisque la conscience est l’un des enjeux principaux de la méditation, plus spécifiquement dans les traditions japonaise et tibétaine.

Certains maîtres ont défini la conscience comme « ce qui connaît un objet ». En d’autres termes, il y a toujours un objet de conscience ; connaissance et conscience sont identiques.

Cette définition toutefois n’englobe pas une prise de conscience de la conscience elle-même. Pour les tenants de cette définition, il n’est pas possible d’avoir une expérience immédiate de la conscience, comme la lame du couteau ne peut se couper elle-même. Selon ce point de vue, la conscience ne peut être connue que par l’intermédiaire d’un concept, que par la connaissance d’un moment antérieur de conscience. Conformément à  cette vision, certains textes décrivent la méditation sur la nature de la conscience de cette manière: « Dans cette méditation Mahamudra, nous pouvons soit utiliser un moment de conscience pour se focaliser sur le souvenir d’un moment précédent de conscience, soit utiliser une partie de la conscience pour se focaliser sur une autre. Pourtant un moment passé ne peut être connu qu’en tant que concept. Ce n’est pas l’expérience directe de la conscience, mais la saisie d’un substitut qui est atteint par cette méditation.