La tradition taôiste explore l’être de la conscience d’une manière similaire.

Et qu’est-ce que le jeune de l’esprit demande Yen Houai

Unifie ton attention, répond Confucius. N’écoute pas avec ton oreille, mais avec ton esprit. N’écoute pas avec ton esprit, mais avec ton essence. Car l’oreille ne peut pas faire plus qu’écouter, l’esprit ne peut faire plus que reconnaître tandis que l’essence  est un vide entièrement disponible. La voie s’assemble seulement dans ce vide. Ce vide, c’est le jeûne de l’esprit. [16]

Dans un sermon Maître Eckhart enseigne ceci:

Quand ce que les cinq sens vont chercher au-dehors revient dans l’âme, elle a alors une puissance dans laquelle tout devient un…La pureté de l’âme réside en ce qu’elle est purifiée d’une vie qui est divisée et qu’elle entre dans une vie qui est unifiée.[17]

Ce n’est pas une autre orientation de la visée, vers l’intérieur, mais la suspension radicale de l’intentionnalité; abandonner le primat de la connaissance pour celui de la conscience.

Ne rien avoir, ne rien vouloir, ne rien savoir, précise encore Maitre Eckhart.

Dévoilement de la conscience dans la pensée, l’imagination.

Nous construisons le monde de la pensée comme nous construisons  celui de la perception, dans l’opposition d’un sujet et d’un objet. Dans la perception cette opposition paraît évidente, il y a là un monde face à l’observateur. Il est surprenant de la trouver également dans la pensée. Une pensée située face au penseur. Cela signifie que nous prêtons à la pensée une existence concrète. Tout attachement à un point de vue, à une opinion, à une idée, présuppose, d’une manière ou d’une autre, la croyance naïve en une certaine réalité de la pensée. Elle existe comme la pierre ou l’arbre que je vois.

Jean Piaget demande à un enfant si un mot, ça a de la force. Oui dit l’enfant. Alors, il lui demande de donner un mot qui a de la force. Le vent répond l’enfant. Pourquoi il a de la force le mot vent, poursuit le psychologue. Parce qu’il va vite répond alors l’enfant. Pour les enfants, les mots, les pensées existent au niveau des choses.

D’une manière générale, l’attitude naïve voit dans les pensées des phénomènes indépendants dont il faut découvrir le sens. Je suivrai mes pensées comme les phrases d’un livre. Elles précéderaient la conscience que j’en aurai.

Certains auteurs contemporains ont nommé théâtre cartésien cette illusion d’un espace intérieur dans lequel les sensations et les pensées passent en revue devant un œil intérieur.

La nouveauté était la notion d’un espace intérieur unique dans lequel les sensations corporelles et les perceptions, les vérités mathématiques, les règles morales, l’idée de Dieu, les états dépressifs et tout ce que nous nommons maintenant « mental » étaient les objets d’une quasi-observation.[18]