Charles Genoud texte sur la conscience

Peut-être vaudrait-il mieux dire ici que c’est la connaissance qui constitue une fausse représentation de la conscience devant l’impossibilité dans laquelle elle se trouve de la connaître. Le je est hôte- en tant que sens-  de la conscience, il n’en est pas le propriétaire.

Nous avons donc l’opposition de deux concepts : le sujet et l’objet. Ainsi la dualité n’est-elle jamais une dualité conscience – objet, mais bien une dualité de deux phénomènes du même ordre, deux “choses”  posées par la connaissance. Dire que l’objet est face à la conscience n’a pas de sens, la conscience n’ayant pas de position. Ce n’est pas tant que toute conscience est conscience de quelque chose, mais plus précisément : toute connaissance est connaissance de quelque chose.

À fin de pouvoir envisager une connaissance de la conscience, la tradition tibétaine pose un type particulier de connaissance qui n’implique pas nécessairement la dualité. Il y a d’une part la conscience consciente d’elle-même qui n’est pas duelle (rang rig), d’autre part un mode de connaissance dite yogique qui dépend de pratique méditative et n’implique la médiation d’aucun concept. Ici, il s’agit d’une conscience dégagée de toute connaissance plutôt qu’un type de connaissance particulière. Donc, pour ce système la conscience est connaissable non par la connaissance, mais par la conscience. Ce type de  connaissance non conceptuelle est ce qu’on appelle vipassana. Seule la pratique de la présence méditative nommée sati en pali permet le dévoilement de la conscience à elle-même. Sati veut dire littéralement se rappeler. Ce terme est utilisé dans deux sens spécifiques : se rappeler les conséquences des actions positives et négatives ou l’objet de la concentration par exemple et présence à chaque instant. Le choix de mémoire (sati) pour exprimer cette conscience de soi ou de présence n’est pas si surprenant. Pour se souvenir, il faut être présent au moment des faits. Si, par exemple, on me donne verbalement une liste de course à faire, ma présence à ce moment-là me permettra de me rappeler des achats à effectuer. Si j’étais distrait, à ce moment précis, je ne me rappellerais rien. Sati est donc ce qui permet de se rappeler. Saint Augustin utilise également le terme mémoire pour décrire la présence de l’esprit à lui-même, ou de l’âme à elle-même.

De même quand il s’agit de cette présence de l’âme à elle-même, on peut sans absurdité appeler mémoire la faculté qui permet à l’âme d’être présente à elle-même, afin de pouvoir comprendre par sa propre pensée et unir, par l’amour qu’elle se porte à elle-même, la mémoire et l’intelligence. [8]

La mémoire augustinienne est essentiellement mémoire du présent, selon un commentateur avisé.

Dans la tradition bouddhique deux types de méditation sont pratiqués. Le premier, Samatha, a pour but  d’apporter une stabilité de l’esprit par le développement de la concentration ; il s’appuie sur la connaissance: le concept, l’image mentale. Le deuxième type de méditation, Vipassana, (vision pénétrante), repose principalement sur la présence méditative, sati, afin de révéler l’être de la conscience et des phénomènes. La pratique de Vipassana vise à libérer la conscience de toute saisie.

 

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