Charles Genoud texte sur la conscience

Certains textes tibétains procèdent à  une analyse précise de la conscience ne négligeant aucune possibilité.

Il s’agit, tout d’abord, de prendre conscience de la nature intangible des pensées et des images mentales. Si elles existaient concrètement il devrait être possible de les repérer; de déterminer leur origine, leur trajectoire, leur location. Mais, évidemment lorsqu’on cherche ainsi la pensée on ne trouve rien. L’image mentale de la montagne ne vient pas de la montagne. L’image mentale d’une personne ne vient pas de cette personne, on peut s’imaginer une personne disparue. Quand je pense à un ami, l’image de cette amie n’est située ni devant, ni derrière ni à côté ; elle n’a pas de dimension ; elle n’est pas localisable. Même si le sens de l’image est celui d’une personne se trouvant devant moi. Cette image de quelqu’un se trouvant devant moi, n’est située nulle part ; elle n’est pas dans ma tête, ni dans mon cœur. Elle n’a pas de vis à vis, elle n’a pas d’autre, par rapport auquel elle pourrait être positionnée. Je ne peux rien découvrir de nouveau dans l’image mentale puisqu’il n’y a rien d’autre que ce que j’imagine. Je ne peux découvrir la nouvelle robe de la personne imaginée, par exemple. Cette image est conscience de soi. De cette manière le méditant se défait de la croyance naïve en une réalité objective de la pensée.

La conscience n’est en aucun cas une totalité divisible, elle n’a aucune temporalité, ni spatialité ; elle est achronique, et atopique [21]. Pour elle, rien n’est à l’extérieur, ni à l’intérieur ; il n’y a ni avant ni après, ni présentement. C’est ce que révèle la suite de la méditation tibétaine.

Le méditant se demande alors si la pensée vient de la conscience elle-même. Surgit-elle de la conscience, demeure-t-elle dans la conscience, se dissout-elle dans la conscience ? Mais, se poser la question sur l’origine d’une pensée c’est déjà se placer à l’extérieur, c’est avoir au préalable traité la pensée comme une chose. On aurait, conclue l’analyse tibétaine, deux consciences, celle qui surgit et celle d’où elle surgit, celle qui demeure et celle qui est le lieu où elle demeure, etc. La pensée surgit-elle de la conscience précédente ou présente ? Précédente elles n’auraient aucun lien entre elles (les textes développent abondamment les raisonnements logiques mis en place ici). Si la pensée surgit de la présente conscience alors on aura deux consciences. Cette enquête mène le méditant à laisser tomber ce type d’investigation. Investiguer la conscience, à l’intérieur ou à l’extérieur, en fait un objet. La conscience n’est pas située dans l’espace. Il n’y a nulle part où diriger l’esprit. “N’essayez pas de placer votre esprit à l’intérieur. Ne cherchez pas à observer un objet situé à l’extérieur. Reposez dans l’observateur, le penseur, la conscience elle-même, sans fabriquer quoi que ce soit” ; conseillait le maître tibétain Patrul Rimpoché.

Lorsqu’on suspend l’intentionnalité de la conscience alors :

L’esprit se reconnaît dans chaque manifestation, dans chaque perception, dans chaque sensation. L’esprit se connaît lui-même et, se reconnaissant lui-même il n’est plus distrait par le spectacle de sa propre production. L’esprit n’est plus fasciné par le déploiement de ses qualités propres, de sa luminosité propre. L’esprit se reconnaît en lui même et, puisqu’il se reconnaît en lui-même, il se détend et se repose en lui-même comme une vague qui se reconnaît comme nature océane, se détend et retrouve cet océan qu’elle n’a jamais quitté, mais qu’elle ignorait puisqu’elle se définissait comme vague. Lama Gendun

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